Médicaments anti-allaitement
Parlodel, Dostinex, pourquoi sont-ils déconseillés ? Quelles alternatives ?
Dr Claude Allouche, gynécologue
Ahuza Clinic, Raanana
058 726 02 64
A) Le PARLODEL (bromocriptine)
Le taux d’allaitement maternel en France est estimé à environ 56%. Il est l’un des plus bas au monde. On estime à 50% le taux de bébés allaités qui sont sevrés à 8 semaines, et à 70 % à 12 semaines. La durée moyenne d’allaitement est donc de 2 à 3 mois.
Pour les 44% des femmes qui n’allaitent pas, l’un des moyens pour éviter la montée laiteuse est le traitement médicamenteux.
Plusieurs de ces traitements sont dans le viseur des différentes agences du médicament depuis l’année 2013. En effet, plusieurs observations rapportent la survenue d'effets secondaires parfois sévères, alors que le rapport bénéfice risque que ces traitements apportent est faible, selon ces mêmes agences.
1] MECANISME D’ACTION
Le Parlodel est un médicament à base de Bromocriptine qui agit sur les circuits nerveux de la Dopamine en inhibant la libération de l’hormone Prolactine par la glande hypophyse.
Ce traitement est indiqué dans la maladie de Parkinson et dans l’adénome hypophysaire à Prolactine.
2] CONTRE-INDICATIONS
Hypertension artérielle non équilibrée ;
Hypertension du post‐partum ou puerpérale ;
Troubles hypertensifs de la grossesse (incluant l’éclampsie, la pré éclampsie et l’hypertension liée à la grossesse) ;
Antécédents de maladie coronaire ou autre antécédent cardiovasculaire grave ;
Troubles ou antécédents de troubles psychiatriques sévères.
3] EFFETS SECONDAIRES
Des effets secondaires rares mais graves (de l’ordre de 0,005 % à 0,4 %) ont déjà fait l’objet en 2013 d’une demande de réévaluation par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM).
Il s’agit d’effets cardiovasculaires, neurologiques et psychiatriques :
Accident vasculaire cérébral ;
Infarctus du myocarde ;
Hypertension artérielle ;
Convulsions ;
Hallucinations.
4] RECOMMANDATIONS, INDICATIONS
L’agence européenne du médicament dans un communiqué du 21 août 2014 recommande de restreindre fortement l’utilisation des médicaments à base de Bromocriptine dans leur indication de stopper la montée laiteuse dans les suites d’un accouchement en raison d’un risque d’effets indésirables graves.
Ainsi, l’agence européenne recommande que « La bromocriptine ne doit pas être utilisée de manière systématique pour prévenir ou stopper la lactation ».
Les seules situations qui devraient encore justifier un tel traitement pour arrêter la lactation (dites « situations impérieuses ») sont :
- Infection maternelle par le virus HIV ;
- Perte d’un nouveau-né pendant ou après l’accouchement pour éviter un stress supplémentaire ;
- Interruption thérapeutique de grossesse.
Ces indications ne sont maintenues uniquement pour des doses ne dépassant pas 2,5 mg.
Avant toute prescription, le prescripteur doit être attentif aux facteurs de risque cardiovasculaires, neurologiques et psychiatriques de la patiente et respecter la posologie.
B) Le DOSTINEX (Carbegoline)
1] MECANISME D’ACTION
La cabergoline, commercialisée sous le nom de Dostinex est un agoniste dopaminergique D2 dérivé de l'ergot de seigle, doté d'une activité inhibitrice puissante et prolongée de la sécrétion de prolactine.
Il agit par stimulation directe des récepteurs D2-dopaminergiques au niveau des cellules lactotropes de l'hypophyse, en inhibant la sécrétion de prolactine. Il a la propriété de freiner les cellules de l'hypophyse qui sécrètent l'hormone de la lactation : la prolactine.
2] EFFETS INDESIRABLES
Ce médicament, longtemps utilisé de façon systématique, est certes efficace mais expose à de nombreux effets indésirables:
- nausées, vomissements,
- douleurs abdominales,
- constipation,
- maux de tête,
- étourdissements,
- vertiges,
- fatigue,
- hypotension orthostatique avec ou sans malaises.
Plus rarement :
- tension des seins,
- bouffées de chaleur,
- dépression,
- fourmillement des extrémités (2).
3] CONTRE-INDICATIONS:
- allergie aux dérivés de l'ergot de seigle ;
- fibrose (présence de tissu cicatriciel) touchant les poumons, l'abdomen ou le cœur ;
- maladie des valves cardiaques ;
- en association avec les médicaments de la famille des neuroleptiques.
- Il peut également interagir avec les antibiotiques de la famille des macrolides et avec les vasoconstricteurs, notamment ceux dérivés de l'ergot de seigle.
- En raison de leur effet vasoconstricteur, les dérivés de l’ergot de seigle ne doivent pas être utilisées chez les patientes présentant
- des troubles vasculaires,
- des troubles psychiques,
- une hypertension artérielle, ou ayant eu une pré-éclampsie.
- Leur utilisation est également déconseillée chez les femmes présentant des facteurs de risque vasculaire, comme le tabagisme et l’obésité .
4] PAS D’AMM
La cabergoline ne détient pas l’autorisation de mise sur le marché (AMM) dans l’inhibition de la lactation en post-partum.
Il s’agit d’une prescription dite « hors AMM ».
La prescription « hors AMM » est légale, mais engage la responsabilité du médecin prescripteur qui devra, s'il y a lieu, prouver avoir respecté les « données acquises de la science » et avoir eu recours à un traitement « reconnu » dans cette indication hors AMM.
Plus qu'à l'ordinaire, le médecin devra s'assurer de l'information éclairée du patient concernant les risques.
5] RECOMMANDATIONS
- Il est certain que ces traitements utilisés ces dernières années sont très efficaces dans l’inhibition de la montée de lait.
- Mais les effets secondaires et les effets indésirables graves n’étant pas négligeables, cela a remis en cause leur utilisation.
- La diffusion du rapport de pharmacovigilance de l'Agence Nationale de la Sécurité du Médicament (ANSM), se basant sur la bromocriptine, bouscule les maternités habituées depuis longtemps à prescrire des inhibiteurs de la lactation.
- Les dernières recommandations de l’ANSM, du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) et du Collège National des Sages-Femmes de France (CNSF) recommandent DE NE PAS DONNER DE MEDICAMENTS pour inhiber la montée de lait chez la femme en post-partum.
- L’ANSM rappelle que l’utilisation d’un médicament inhibant la lactation doit être réservée aux situations où l’inhibition de la lactation est souhaitée pour raison médicale.
- Ainsi, aujourd’hui, aucun traitement inhibiteur n’est proposé en systématique chez les patientes ne souhaitant pas allaiter.
Même si ces dernières ne présentent aucune contre-indication à ces traitements, il est recommandé d’avoir recours à des pratiques autres que médicamenteuses et de prescrire des antalgiques suivant la clinique et la douleur de la patiente.
C’est pourquoi il a fallu, aux équipes soignantes changer de pratiques et trouver des alternatives.
Mais quelles sont ces alternatives?